LE SAC AU DOS. ;i
coup dont l'opinion publique, en les accréditant, a fait des articles
de foi. Je n'en citerai que deux la première) l'invention de la poudre
qu'on attribue à un moine deux,siècles après que les Chinois, dont
on ne soupçonnait pas l'existence, s'en étaient servis la deu-.
xième, la réponse de la vieille garde à Waterloo, faite par un géné-
ral, sur le socle de sa statue par un poële, dans un mauvais
livre, par un soldat, dans la mitraille. Dieu seul y trouverait son
compte, dirait Érasme.
Revenons à ma narration. Je connaissais, je connais encore mon
histoire de France, et la belle réponse du vicomte d'Orthez, gouver-
neur de Bayonne, à Charles IX était- à cette époque encore plus pré-
sente à ma mémoire qu'aujourd'hui. ûes paroles devaient être burinée,s
dans l'airain ou sculptées sur le marbre pour servir de leçon aussi
bien aux rois qu'aux peuples.
Sire, j'ai communiqué le commandement de Votre Majesté à ses
fidèles habitants et gensde guerrede la garnison, jen'ai trouvé quede
bons citoyens et de fermes soldats, mais pas un bourreau.
Sur cette réponse, précédée d'un prologue peut-être fantaisiste, j'a-
vais brodé un discours 'en trois points, dont la vue de ~:1yonne me
rappelait les péripéties de l'exorde à la péroraison.
Mais je me rappelais aussi que mon triomphe oratoire avait été
suivi d'une amère déception. Mon professeur m'apporta un livre signé
d'un nom célèbre de ce siècle dans lequel je lus la révocation pure et
simple de l'authenticité de cette lettre.
-Je le dis ici tout haut, écrit M. Capefigue, la pièce citée par Yoltaire
a été supposée. On aurait pu s'en apercevoir au style de cette pièce
assez semblable aux protocoles philosophiques du siècle de Louis XV.
Ce fut plus tard, quand l'écolier fut devenu professeur à son tour, que
je m'aperçus avec quel soin, sous prétexte de rapetisser Voltaire, un
écrivain pourtant consciencieux avait essayé de rapetisser l'histoire.
Je pus constater que cette pièce, déclarée si haut par M. Capefi gue
avoir été fabriquée du temps de Louis XV était citée par d'Aubigné,
contemporain de la Saint-Barthélemy, dans son Histoire zcnivcrselle.
La sagacité de l'historien était donc en défaut et la réponse du gou-
verneur fait assez d'honneur à Bayonne et à la France, pour que
nul ne la révoque en doute, dût-elle prendre place parmi les erreurs
de l'opinion publique dont je parlais tout à l'heure.