LE SAC AU DOS.
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campagne. Et puis je ne cacherai pas que j'étais un peu inquiet.
Derrière celte place que je traversais, je voyais des groupes d'hom-
mes et de chevaux, couchés çà et là, le long des portes ou contre les
murs. Mon pied en frappant le pavé sonore éveillait ces hôtes d'un
nouveau genre qui me regardaient avec un airpeu rassurant. En toute
autre occasion j'aurais cherché à savoir pourquoi Saint-Esprit laissait.
coucher dans la rue sinon ses habitants, du moins ses hôtes, quand il
avait d'aussi vastes maisons et un hôtel de ville inoccupé. Peut-étre
même que la moindre réflexion de ma part m'eût donné la clef de cette
énigme. Mais voyez ce que c'est que le hasard, je ne pensais à rien
qu'à m'éloigner de ces gens qui m'auraient dit
-Arrête, voyageur. Si tu vas chei'cher des carlistes, tu n'as pas be-
soin de te déranger davantage.
Et mon voyage se fût terminé là.
Tandis que, fuyant ces figures dignes du crayon de Callot, je pris
une rue transversale qui me, mena dans le vieux quartier de Saint-
Esprit, dont les maisons de bois à l'architecture originale et fan-
taisiste rappellent à s'y méprendre un faubourg de Séville ou de
Ségovie.
Les boutiques sont ouvertes, les chiens aboient, les enfants piail-
lent., j'en vois déjà plusieurs qui, la casquette en main, flairent en moi
l'étranger et tâchent de l'exploiter, la rue se peuple comme par en-
chantement, on dirait que chaque pavé s'est ouvert pour laisser pas-
ser un habilant. C'est animé, pittoresque, plein de bruit. Aussi suis-je
rassuré. Le silence et la solitude qui m'avaient tant inquiété sont
remplacés par le bourdonnement d'une fourmilière de marchands. Il
n'est pas jusqu'à un petit âne qui ne célèbre mon arrivée par un
braiement des moins musicaux, et j'en pr~fite pour demander mon
chemin au marchand qui conduit ce ténor enrhumé.
En quelques minutes je me trouvai sur le pont de l'Adour où, res-
pirant à l'aise, je découvris de charmants points de vue qui me firent
oublier Saint-Esprit et commencèrent ma réconciliation avec le pays
des Basques.
Le spectacle que j'avais sous les yeux valait bien la peine qu'on s'y
arrêtât. Les deux rives de l'Adour sont bordées de navires et de
maisons et dominées par des coteaux pittoresquement boisés.
Là, me dis-je, j'en étais sûr. C'est le commencement des Pyré-