A TRAVERS LA FRANCE 60 Les premières causeries de la « petite femme de vingt-sept ans » et du « grand personnage » sont un peu froides. Mais, peu à peu, la glace fond, les rangs se rapprochent, et, à la faveur de cette intimité, madame de Rémusat voit surgir devant elle un Talleyrand assez imprévu, un Tal- leyrand affectueux et consolateur, en présence duquel elle se livre à ses chagrins et ne retient point ses larmes puis un Talleyrand sentimental qui parle de lui-même av ec regret, presque avec dégoût. Elle s'enhardit en écoutant ces confidences et lui dit, un jour « Bon Dieu quel dommage que vous vous soyez gâté à plaisir Car, enfin, il me semble lue vous vale~ mieux que voics » Alors, Talleyrand lui ouvre le fond de son âme il raconte avec amertume son enfance sevrée d'affection, sa vocation forcée, la dureté de ses parents, sa passion pour Charlotte de Montmo- rency, et les grandes déceptions qui l'ont jeté dans la Révolution. On serait tenté de croire que cette confession presque romantique est simple coquetterie de la part de Talleyrand. Mais son amie nous affirme que tel est le vrai de cet étrange personnage « Il sent le prix de la vertu chez les autres il la loue bien il la consi- dère et ne cherche jamais à corrompre par aucun système vicieux. Je l'ai souvent entendu vanter des actions qui devenaient une amère critique des siennes. Il estime les bons prêtres. Il a de la bonté et de la justice dans le ceuur, mais il n'ap- plique point à lui ce qu'il apprécie dans les autres. Il est faible, froid. Son esprit est supé- rieur, souvent juste il voit vrai, mais il agit