Home Plain text
Text mode Audio mode
page 58 (screen 63 of 400)
Next page Previous page  
  Last page First page


A TRAVERS LA FRANCE

58

Vitrolles est moins dégoûté il dissèque. Il
n'est guère plus indulgent que Chateaubriand.
Mais il consent à étudier le problème moral que
pose la vie de Talleyrand (1). Il découvre d'abord
à ses succès d'autres causes que la sottise démo-
cratique et l'avilissement du public. Il reconnaît
la finesse et le charme de sa parole, son art des
sous-entendus, son humeur facile avec ses subor-
donnés et sa bonté pour les gens à son service
« Dans la société, il portait toute la gràce qu'on
peut accorder avec la plus complète indifférence
du sentiment ». Mais, fantasque dans ses rela-
tions, il ne lui est resté ni une amitié, ni un dé-
vouement. De bonne heure, il avait appris à ca-
resser le scandale et à méprisèr l'opinion des hon-
nêtes gens. Les deux grands mobiles de sa con-
duite furent l'amour des femmes et l'amour de
l'argent; « la politique était son industrie ». Sa
vénalité était notoire il a gagné sa fortune en
vendant tous ceux par lesquels il s'était fait ache-
ter (2). Il avait toutes (( les faiblesses, les mièvre-
ries et la mollesse d'un autre sexe ». Mais la vie
de cet « habile acrobate » n'en a pas moins été un
prodige de savoir-faire. Jamais il ne s'endormait
sur sa fortune; il s'attachait fortement aux réalités
prochaines. Il atteignit donc « le sublime dans le
genre le plus bas » car toute celte habileté n'était
dépensée que pour le lucre. « Deux fois, cepen-
dant, ses intérèts personnels de position, d'amour-
(1) Dférno~res et Relations politiques du baron de Vitrolles,
t. Ill. Notes.

(2) Cette formule n'est point de Vitrolles, mais du ministre
Decrès, célèbre par son esprit, sous Napoléon,
Text mode Audio mode
page 58 (screen 63 of 400)
Next page Previous page  
  Last page First page
Home Plain text