VALENÇAY 57 et ne modifia l'opinion de personne sur Talleyrand. Nous en sommes donc toujours réduits à inter- roger ceux qui ont été les témoins de la vie du personnage. Parmi les portraits de Talleyrand peints par des contemporains, il y en a trois dis- semblables entre lesquels il nous faut choisir. H y a d'abord le Talleyrand des lllémoires d'ozctre-tombe. Ces pages sont comme un long cri de haine, de dégoût et de mépris. L'éloquence en est superbe, écrasante. Chateaubriand n'admet ni atténuations, ni excuses. Talleyrand est pour lui un simple bandit, qui tint tout son prestige de la nigauderie des révolutionnaires. « Supposez M. de Talleyrand plébéien, pauvre et obscur, n'ayant, avec stin immoralité, que son esprit in- contestable de salon, l'on n'aurait certes jamais entendu parler de lui. Otez de M. de Talleyrand le grand seigneur avili, le prêtre marié, l'évêque dé- gradé, que lui reste-t-il? Sa réputation et ses suc- cès ont tenu à ces trois dépravations. » Son habi- leté est une légende. It ne prévoyait rien. Il a trahi tous les gouvernements; il n'en a renversé ni élevé aucun. Il ne songeait qu'à augmenter sa fortune et, jusque dans le Congrès de Vienne, il a « brocanté » ses opinions. « Il ignorait cette am- pleur d'ambition, laquelle enveloppe les intérêts de la gloire publique comme le trésor le plus pro- fitable aux intérêts privés. » Tels sont, relevés au hasard, quelques-uns des traits de cette longue invective qui se termine par ces lignes célèbres « Les hommes de plaies ressemblent aux carcasses des prostituées les ulcères les ont tellement ron- gés qu'ils ne peuvent servir à la dissection. »