Home Plain text
Text mode Audio mode
page 56 (screen 61 of 400)
Next page Previous page  
  Last page First page


A TRAVERS LA FRANCE

56

tours, l'adresse de ses roueries et la prodigieuse
souplesse de son caractère. Il y a bien des sortes
d'intrigant, celui qui aime l'intrigue pour le plai-
sir d'intriguer, celui qui la pratique pour se pous-
ser ou s'enrichir, celui qui s'y résigne comme au
moyen le plus efHcace de servir, parmi les hommes
de mauvaise foi ou de mauvaise volonté, une cause
noble et désintéressée. et encore ces distinctions
sont-elles bien grossières. Dans ce qu'on appelle
la perversité, les nuances sont infinies. Quelle fut
donc au juste la perversité particulière de Tal-
leyrand ?

Les Mémoires sont de peu de secours pour de-
viner l'énigme. Sainte-Beuve écrivait en 1870
« Que seront ces Mémoires si attendus, si dési-
rés ? Aura-t-il menti tout à fait ? Non pas, il aura
dit une partie de la vérité. Comme le meilleur
des panégyristes et le plus habile, sans avoir l'air
d'y toucher, il aura montré le côté décent, pré-
sentable, acceptable il aura fait ce qu'il faisait
quand il se racontait lui-même, ne disant qu'une
moitié des choses. S'il a su être agréable dans ses
Mémoires et si, en écrivant, comme en causant, il
réussit à plaire, il aura bien des chances de rega-
gner en partie sa cause et de se relever même de-
vant la postérité ». Les prophéties de Sainte-Beuve
ne se sont qu'à moitié accomplies. Talleyrand a dit
une partie de la vérité, et l'a dite d'une façon
assez agréable. Mais ses ~lé~~aoioes, fort incom-
plets, esquivent les questions les plus graves et
ils sont habiles, leur habileté est trop appa-
rente. Ou bien, peut-ètre étions-nous trop préve-
nus ? Quoi qu'il en fût, le panégyrique fit long feu
Text mode Audio mode
page 56 (screen 61 of 400)
Next page Previous page  
  Last page First page
Home Plain text