VALENÇAY 55 l'un ou à l'autre les honneurs de sa dernière « pensée » Sainte-Beuve a mis en scène la conversation de Talleyrand avec un de ses voisins de campagne, Royer-Collard, qui demeurait à quelques lieues de Valençay. Il faut relire cette page après avoir vu les lieux. Les deux figures du vieil homme d'État blanchi, mais toujours vert et impérieux, et du doctrinaire à l'écorce rugueuse, se dessinent ici avec un relief extraordinaire. On entend le « creux » de Talleyrand et la voix mordante de Royer-Collard échangeant des sentences brèves sur la destinée des peuples. Comme fond de ta- bleau, la charmille un peu roussie par l'automne et le banc vert dont le dossier représente la croix de la Légion d'honneur. Jf- Jf- Tandis que nous sommes assis sur le banc de Talleyrand, un écureuil sort du taillis, file sur la pelouse, en un clin d'mil escalade un arbre, et, de la branche la plus haute, nous regarde, railleur et grignotant. « Un revenant » dit l'un de nous. « Le blason de Valençay! n fait un autre. Sans doute, Talleyrand fut l'homme le plus agile de son temps sa vie tout entière est un mi- racle d'agilité chaque fois qu'il a senti une branche craquer sous lui, on l'a vu en saisir une autre, puis, confortablement installé sur son per- choir, contempler de là l'humanité, la pauvre et méprisable humanité. Mais tout n'est pas dit sur Talle3-rand, lorsqu'on a admiré la virtuosité de ses