A TRAVERS LA FRANCE 5't amende sans cesse. C'est qu'il s'agit. maintenant, pour lui, d'une autre toilette aussi importante que la première. Après avoir soigné ses traits, il soigne sa gloire. Cet homme, qui semble blasé sur tout, est hanté de l'idée qu'on le jugera quelque jour, et il pense qu'il lui sera plus diffi- cile de mystifier la postérité que ses contempo- rains. Il est paresseux. Longtemps, l'ambition de par- venir et surtout la volonté de s'enrichir l'ont sti- mulé et arraché à sa nonchalance on a souvent dit que cette nonchalance était un artifice pour mieux piper .les hommes et, naturellement, il a laissé dire cependant, à y regarder de près, on voit que c'est le fond de sa nature. Mais le voici, maintenant, au déclin de la vie, comblé d'honneurs et de richesses, et il ne s'en acharne pas moins à écrire ses 111é~noires, relisant, choi- sissant, classant les documents de ses urchi ves, composant, avec quel art et quelle habileté! cinq énormes volumes qui devront être sa défense. lorsque les témoins de sa vie auront tous disparu. Et en se parant et se fardant pour la postérité, il fait encore (levant son miroir des mines de vieille courtisane rappelez-vous seulement les passages que je citais tout à l'heure sur le séjour des princes espagnols à Valençay.. Satisfait de la formule qu'il a enfin imaginée pour donner un tour honnête à ses incertitudes de conduite, il descend dans le jardin, appuyé sur sa béquille et redressant sa taille dans sa longue redingote bleue strictement boutonnée il y retrouve un visiteur ou une visiteuse et fait à