A TRAVERS LA FRANCE 52 Vitrolles raconte qu'un jour Talleyrand lui donna lecture des pages de ses llTé~raoires où il peignait l'arrivée de Ferdinand VII et de son frère à Valençay « les détails de leur séjour, les traits ridicules de leur ignorance de toutes choses, fruits d'une éducation à la Philippe Il, étaient peints avec une grâce et une finesse charmantes. » Il est probable que Talleyrand avait des versions di- verses de ses Mé~~toires qu'il choisissait selon ses auditeurs; car Vitrolles, s'il les avait connus, n'aurait jamais oublié ni l'épisode de la prière du soir ni celui des trois paroissiens. D'ailleurs, tout ce récit a dû être à plusieurs reprises corrigé et remanié (i). Le souci de montrer sous un jour favorable sa conduite à l'égard de Ferdinand VII, souci bien naturel chez le Talleyrand de la Restauration, l'a vraiment entraîné un peu trop loin. Car plus il in- siste sur son dévouement aux Bourbons, plus il rend invraisemblable la conriance de l'Empereur. « Les princes, affirme Talleyrand, n'avaient pas été trois mois à Valençay que Napoléon croyait déjà en voir sortir toutes les vengeances de l'Eu- rope ». Et il vécut dans cet effroi, pendant cinq ans, sans songer qu'il y avait en France des prisons plus sûres et des geôliers moins atten- dris I (II Voici, par exemple. un trait que rapporte M. de Rémusat dans l'appendice aux Mémoires de sa mère et que-l'on ne retrouve plus dans les hlémoires de Talleyrand. Celui-ci, parait-il, racon- tait que les princes espagnols « achetaient des jouets d'enfants à tous les petits marchands des foires du voisinage et que, lorsqu'un pauvre leur demandait l'aumône, ils lui donnaient un pantin ».