A TRAVERS LA FRANCE 48 S'il préférait Rochecotte à Valençay, c'était peut-être que Valençay lui rappelait d'une façon importune l'un des souvenirs les plus embarras, sants de sa vie publique. ~Il voulait à toutes forces que son nom ne fût 'point associé à la pire des fautes de Napoléon, la guerre d'Espagne. Il prétendait que, à cette époque, il avait révélé à l'Empereur « les dangers qui allaient naître en foule d'une agression non moins injuste que téméraire », et il racontait que telle avait été la cause de sa disgrâce. Beugnot et madame de Rémusat confirment ses dires d'une manière plus ou moins formelle. Lui-même, dans ses Mémoirés, rapporte une scène terrible qu'il au- rait eue avec Napoléon peu de temps après le guet- apens de Bayonne. « Qu'un homme dans le monde, aurait-il dit à l'Empereur, y fasse des folies, qu'il ait des maîtresses, qu'il se conduise mal avec sa femme, qu'il ait même des torts graves envers ses amis, on le blàmera sans doute; mais, s'il est riche, puissant et habile, il pourra rencon- trer encore les indulgences de la société. Que cet homme triche au jeu, il est immédiatement banni de la bonne compagnie qui ne lui pardonnera ja- mais. » L'Empereur aurait alors pâli, serait resté embarrassé et, de ce jour-là, n'aurait plus parlé à Talleyrand. Tout cela est très beau, très courageux, Mais il y a une obj ection, une terrible obj ection. Lorsque Napoléon eut attiré à Bayonne toute la famille royale d'Espagne, il expédia le roi Charles IV, la reine et Godoy à Fontainebleau. Mais ce fut Valençay, acheté par Talleyrand trois