A TRAVERS LA FRANCE 46 sur le visage du convive, et sur un ton interroga- tif lui disait ce simple mot boeuf? (1) Le « monsieur », ainsi interpellé, était assuré- ment moins étonné de la désinvolture avec la- quelle il était traité que de la jolie subtilité de toutes ces nuances de politesse. C'est pourquoi Talleyrand ne déplaisait pas à la société démo- cratique issue de la Révolution par son ton d'ancien régime, il la stupéfiait d'admiration. Çà et là, des portraits de famille, trop précieux ou trop médiocres pour avoir été envoyés à l'hôtel des ventes. Dans un salon, la table ronde sur la- quelle a été signé le traité de Vienne de toutes les reliques de Talleyrand, peut-être la seule qui rappelle le souvenir d'une action utile Des bibe- lots insignifiants, quelques belles gravures, la somptueuse charnbre à coucher de Talleyrand, puis des uniformes (2), des croix. Dans la biblio- thèque les rayons sont vides, mais les vieux meu- bles de cuir élimés et avachis donnent encore l'il- lusion qu'ici quelqu'un a vécu et travaillé. La merveille de cette résidence, c'est son parc. Il couvre le flanc de la vallée du Nalior., de ses belles et hautes charmilles. Au pied du coteau, sur le bord de la petite rivière, il est dessiné à l'an- glaise avec un art exquis. J'ai peine à croire que Talleyrand ait en personne présidé à la composi- tion de ces jolies perspectives. Ce que nous savons (1) Amédée Pichot, Jouueni~·s inü~ues sur Talleyoancl. (2; Une partie de ces uniformes a figuré à l'Exposition univer- selle de 1900 dans la Rétrospective du vêtement, notamment le costume d'archi-chancelier. On avait placé au-dessous de cet uniforme l'énorme chaussure qui dissimulait le pied-bot de Talleyrand.