VALENÇAY 45 série si curieuse d'effigies de Talleyrand et, délicieuse synthèse d'une grande destinée poli- tique, cette suite des portraits de tous les sou- verains servis par le châtelain de Valençay; et l'on se souvient des enchères un peu folles auxquelles le snobisme entraîna les bons collectionneurs. Va- 1ençay fut alors démeublé. Pas tout à fait, cepen- dant il reste, pour le curieux, quelques au- baines dans les salles de l'aile Louis XIV, celle qui fut habitée par Talleyrand. Dans la salle à manger un bon mobilier simple et confortable, le mobilier d'une salle à manger où le maître sait composer et ordonner un repas- Talleyrand avait un excellent cuisinier. Lui-même mangeait peu. Mais le service était chez lui magni- fique. Sous l'Empire les gourmets ne savaient laquelle préférer, la table de Cambacérès ou celle du vice-grand électeur. La cave était d'ailleurs digne de la cuisine et le moka qu'on buvait chez Talleyrand (Jtait renommc~. Lui-même découpait les viandes et il s'adressait à ses convives dans l'ordre suivant Monsieur le duc, Votre Grâce rne fera-t-elle l'honneur d'accepter de ce bœuf? Mon prince, aurai-j e l'honneur de vous en- voyer du bœuf? Monsieur le marquis, accordez-moi l'honneur de vous offrir du bœuf. Monsieur le comte, aurai-je le plaisir de vous envoyer du baeuf ? Monsieur le baron, voulez-vous du bceuf ? Quand il arrivait au simple monsieur, il frap- pait sur son assiette avec la main, fixait ses yeux