A TRAVERS LA FRANCE 34 murs éventrés et drapés de lierre d'une église ro- mane, un immense cloître qu'avaient lourdement réédifié les moines du siècle dernier et que la Ré- volution a saccagé. Dans ce monastère, depuis cent ans abandonné, de modernes châtelains ont créé une résidence charmante les ruines se dressent au milieu des parterres de roses les vignes vierges et les lierres recouvrent les vieilles pierres, effaçant les disparates des siècles, C'est un délice de voir la vie, la vie éternelle, se conti- nuer et fleurir parmi les décombres des choses mortes; et l'on n'est point scandalisé d'apercevoir, comme pendant au cloître des Chartreux, l'en- ceinte d'un tewnis. Est-ce la souveraine beauté des grands bois qui enveloppent ce vallon silen- cieux ? est-ce la grâce des vases et des sculptures du dix-huitième siècle qui met comme un trait d'union entre les austères vestiges du moyen âge et les élégances d'une retraite moderne? Rien ne choque dans ce décor composite. Un quart de lieue au delà, toujours en plein bois, un dernier débris de la Cliartreuse un logis fortifié, accolé à une chapelle que surmon- tent d'immenses greniers c'est la Corroil-le, fabri- que de parchemin installée par les religieux du Liget, au bord d'un ruisseau. Et ainsi nous appa- raît, révélée par cette série de ruines, oratoires, cloîtres, greniers, usines et tours crenelées, toute la vie d'une colonie de moines. 1<