LA VALLEE DE L'INDRE 27 douleurs au prix desquelles il accomplit ces pro- diges. Je viens de relire le Lys de la Vallée; Et cependant je n'éprouve aucun remords d'avoir, comme un bon pèlerin, dévotement contemplé le bureau sur lequel fut composée cette extraordi- naire merveille de charabia et d'amphigouri. Alors que devient la théorie, chère à tant de cri- tiques, et vérifiée par tant d'expériences, selon la- quelle, seule, la beauté du style assure la durée des œuvres de l'esprit? Balzac, qui savait à fond la langue française, l'a, presque toujours, détestable- ment écrite, à cause de la hâte qu'il mettait à exé- cuter ses ouvrages; et, pourtant, parmi tous les écrivains français du dix-neuvième siècle, il est un de ceux dont la gloire paraît la plus étendue et la plus solide. Est-il donc, dans l'histoire de la la littérature, un phénomène, un monstre, qui échappe aux règles ordinaires de la critique? Ou bien, à la faveur des maurs démocratiques, le cri- térium du chef-d'œuvre a-t-il changé? Ou bien, tout simplement, un laps de cinquante années n'est-il pas encore un temps d'épreuve suffisant? J'en étais là de ma méditation, lorsque, relevant la tête, je vis devant moi le château d'Azay, « dia- mant taillé à facettes. serti par l'Indre, monté sur pilotis masqués de fleurs. » (Ainsi le décrit Balzac.) Le spectacle des exquises tourelles en encorbellement qui flanquent le joli logis de la Renaissance tourna mon esprit vers d'autres pen- sées. Vous résoudrez donc le problème à votre gré, si votre fantaisie vous conduit un jour à Saché, sous les chênes qu'aimait Balzac.