LA VALLÉE DE L'INDRE 25 nise. » Cela, c'est le plus effroyable des pathos. Je ne choisis pas tout exprès quelques passages particulièrement ridicules. A chaque page, c'est le même amas de métaphores d'une banalité sor- ~dide et d'une douloureuse incohérence. En lisant le Lys de la Vallée, on se prend à penser que, venant s'installer à Clochegourde, en plein pays balzacien, M. Jules Mary a bien pu se croire l'hé- ritier direct de Balzac. Je n'ignore pas la défense du style de Balzac par Taine, défense que, l'an dernier, M. Brune- tière a renouvelée avec tant d'éclat Balzac s'a- dresse. à un public immense et populaire vous n'avez pas le droit d'appliquer à son style une esthétique de salon cette langue a de la grandeur, de la richesse et de la nouveauté ce style est un chaos gigantesque vous êtes choqué d'abord, « puis l'habitude vient, bientôt la sympathie et le plaisir. au lieu d'un jardin commode et bien planté, c'est le fouillis obscur et énorme d'une grande fort~t. » Ce morceau de Taine est un des plus brillants de son admirable essai sur Balzac. Il ne m'a jamais convaincu et ne me convaincra jamais. Un demi-siècle s'est écoulé l'habitude n'est pas venue, ni la sympathie, ni le plaisir. Que l'originalité d'un écrivain qui crée pour son usage une langue nouvelle, blesse, décon- certe, épouvante ses contemporains, c'est une aventure ordinaire et banale: le goût tradi- tionnel s'alarme de l'imprévu des mots, et les grammairiens il y a un grammairien grin- cheux au fond de « tout homme d'esprit », sont révoltés des irrégularités de syntaxe; mais le