LA VALLÉE DE L'INDRE 2t dois et je travaille toujours. La Touraine est pourtant bien belle en ce moment. Il fait une cha- leur excessive qui fait fleurir les vignes. Ah mon Dieu quand aurai-je une petite terre, un petit château, un petit parc, une belle bibliothèque et pourrai-je habiter cela sans ennuis en y logeant l'amour de ma vie 1 » A l'heure même où il écrit ces lignes, il termine, dans une terrible fièvre de travail, un roman qu'il intitule les Illusions perdues. Il ne perdra jamais les siennes. Car, en août i837, le voici revenu à Saché il est en marché pour l'achat d'une propriété; mais, ajoute-t-il, « il y a des difficultés graves ». De ces difficultés-là, comme toujours, il se consolera en songeant à sa gloire naissante et en contem- plant la beauté des choses. « Ma chambre, que les curieux viennent déjà voir ici par curiosité, donne sur des bois deux ou trois fois centenaires, et j'embrasse la vue (le l'Indre et le petit château que j'ai appelé Clochegourde. Le silence est mer- veilleux. Je quitte toujours à regret ce vallon so- litaire. » Si nous relisons ces confessions de Balzac, la petite chambre de Saché n'a plus pour nous le banal attrait de curiosité qu'elle avait pour les passants de i837. Ce qui nous émeut, ce n'est plus seulement la pensée que, sur cette table, furent écrits Louis Lambert, le I,~s de la Vallée, la ~ecl~erche de l'Absolzc; c'est, surtout, le sou- venir des souffrances atroces et des espoirs tou- jours déçus dont ce logis a reçu la confidence. C'est ici qu'en pleine frénésie de travail, le mal- lieureux Balzac était interrompu par les lettres