Home Plain text
Text mode Audio mode
page 18 (screen 23 of 400)
Next page Previous page  
  Last page First page


A TRAVERS LA FRANCE

18

dont les fenêtres donnent sur le vallon tranquille
et solitaire dont je vous ai parlé. C'est un vaste
pli de terrain bordé par des chênes deux fois cen-
tenaires et où, par les plus grandes pluies, coule
un torrent. »

J'ai visité le château tout enguirlandé de lierres
et de vieux mobiliers Empire, recouverts
d'utrecht bouton-d'or, et des papiers de tenture
simulant des draperies à l'antique, font un décor
suranné. J'ai parcouru le parc aux grands chênes
trapus et tordus sous lesquels Balzac a tant rêvé;
j'ai goûté le mystère du « vallon solitaire »
j'ai suivi le ravin rocheux du petit torrent, presque
sauvage au milieu de cette nature de sourire et de
paix. Je suis demeuré quelques instants dans
cette chambre dont, depuis le temps de Balzac_. on
a pieusement respecté les tentures et les meubles
dans l'alcôve, un petit lit, couvert de cretonne à
ramages, sous un crucilix d'ivoire près de la
fenêtre, le vaste bureau se dispersaient les
feuillets noircis et fumait. le bol de café. Un
petit fauteuil, bas et large, est demeuré devant la
table.

Alors, si l'on se rappelle le fameux portrait
de Boulanger, l'homme ressuscite tout entier.
Nous le voyons rivé à sa table de travail, pour-
suivant, jour et nuit son labeur fou sous
le double aiguillon du génie et de la nécessité.
Il est arrivé depuis quatre jours a Saché, brisé,
exténué, sur l'ordre de son médecin, ou bien pour
échapper à la menace des lmissiers. Mais il a humé
l'air natal de sa Touraine, il ne déteste que les
Tourangeaux les arbres et le ciel l'ont vite guéri
Text mode Audio mode
page 18 (screen 23 of 400)
Next page Previous page  
  Last page First page
Home Plain text