CHINON 13 git; la querelle des fouaciers de Lerné et des ber- gers de Seuilly est oubliée c'est, en une fres- que puissante, à la fois tragique èt burlesque, l'image terrifiante de la guerre criminelle et ab- surde. Encore, çà et là, quelques-uns de ces petits tableaux où excelle le réalisme de Rabelais, comme celui de Grandgousier recevant à Paris la nouvelle de l'invasion de ses états par Picrochole « Le vieil bonhomme Grandgousier. se chauffe. à un beau clair et grand feu, et, attendant graisler des chastaines, esript au foyer avec un baston bruslé d'un bout, dont on escharbotte le feu, faisant à sa femme et famille de beauex contes du temps j adis. » Mais le récit prend bientôt une tournure épique et il n'est point de partie de l'œuvre de Rabelais où il faille « peser plus soigneusement ce qui y est déduit. » Cette guerre effroyable, ces marches d'armées, ces déroutes, ces sièges, ces massacres, tout cela tient dans un creux de vallon et on peut embras- ser presque d'un coup d'œil les champs de bataille où s'èntrechoquent les troupes de Gargantua et celles de Picrochole.. Voici la Roche-Clermault, bourgade de six cents habitants c'est de là que Picrochole, vainqueur par surprise, rêve de conquérir l'Europe et l'Asie, et de rebâtir le temple de Jérusalem. Des rem- parts que battit si fort l'artillerie de Gargantua, il ne reste rien. Existèrent-ils jamais ? V oiei, sur le coteau qui fait face à. Seuilly, le château du Coudray il est toujours debout, avec ses hautes tours crénelées c'est là que pour la première fois se rencontrent les deux armées.