A.TRAVERS LA FRANCE 12 lui baille de son fouet à travers les jambes. For- gier saisit un tribard et assomme Marquet. On accourt, on se bat. Rassurez-vous, je nevais pas continuer ce sec et piteux résumé de Rabelais. Si j'ai rappelé ce début de la grande guerre entre Pi- crochole et ,Gargantua, c'est qu'il est d'une déli- cieuse saveur, lu sur le chemin que bordent les grands noyers, parmi les vignes des vignerons de Seuilly. Les gens de Lerné demandent justice à leur roi Picrochole. Ici encore, Rabelais peint d'après na- ture. Picrochole n'était autre qu'un certain Gau- cher de Sainte-Marthe, seigneur de Lerné, escuyer et docteur en médecine. Il était le médecin de ma- dame de Frontevaulx, qui lui avait donné le vil- lage de Lerné. On a conté que, étant en consulta- tion avec Rabelais, il le frappa, dans un accès de colère, et on a dit qu'il y avait eu procès entre lui et les moines de Seuilly. Mais il était méde- cin, Rabelais était médecin. Cela suffit à tout expliquer. Une fois que Picrochole entre en scène, la fan- taisie de Rabelais se déchaîne. Le « roi de Lerné » se met en campagne avec une armée dont la seule avant-garde compte seize mille quatorze arquebu- siers et trente mille et onze aventuriers, qui s'en vont jusqu'à Seuilly pillant, laronnant, détrous- sant hommes et femmes; et lorsque Jean des En- tommeures, aidé des « moinetons » du couvent, défend le clos, à grands coups de sa croix de bois, il en extermine « treize mille six' cent vingt et _deux, sans les femmes et petits enfants, cela s'en- tend toujours ». Dès lors, tout grandit, tout s'élar-