CHINON il l'abbé Bosseboeuf, on pourrait reconnaître dans le moine de Rabelais « Frère Jacques de Saumur, aumônier de Seuilly ». Ce qui demeure certain, c'est que Rabelais a dessiné d'après nature la figure de Frère Jean des Entommeures. En tête de son l'a~atagruel, il disait railleuse- ment à Ne m'advint oncques de mentir ou assu- rer chose qui ne feust véritable ». Il eût pu le dire avec plus d'exactitude encore des chapitres de Ga~·gantua où il avait conté la guerre qui suivit la querelle des fouaciers de Lerné et des bergers de Seuilly. Car, ici, le voile de la fantaisie est transparent et rien n'est divertissant comme de suivre sur le terrain les détails de cette histoire extraordinaire. 1< Lerné est un village situé à moins d'une lieue de Seuilly. Une rixe de paysans éclate un jour sur le grand chemin. Les bergers de Seuilly, occupés dans les vignes à empêcher les étourneaux de manger les raisins, voient passer les fouaciers de Lerné et veulent leur acheter des fouaces; « car notez que c'est viandeceleste, manger à desjeuner raisins avec fouaces fraîches». Les fouaciers re- fusent et insultent les bergers. (L'admirable bor- dée d'injures qui résonne encore sur toutes les routes de la Touraine!) Forgier de Seuilly, « bien honneste liomme de sa personne et notable hache- lier », répond d'ahord doucement. Mais Marquet, « grand bastonnier de la. con frairie des fouaciers »,