24 VOYAGES TRÈS-EXTRAORDINAIRES. Ce fut un triste, moment. Sur le pont allaient et venaient les ,pirates. Dans la chambre, du capitaine deux ou trois chefs à figures atrocement rébarbatives discutaient. sur ce:CIu'ils: avaient à faire. Le pauvre capitaine Lastic, qui avait une légère teinture de la langue m~laise, comprenait à- peu près qu'il s'agissait de savoir si l'équi-, page. se~t :m~ss~c~ i~médi8~~e~t ou'le lendemain, quand'.on ~e'~it à terre. Il. compizt aussi que les llialais dirigeaient le na,%ire sur l'lle; Bâssilan, l'une des Soulou, distante à peine de quelques lieues. A l'aube on arriva en vue de Bassilan; les pirates, matelots 'passables, jetèrent l'ancre sur unfond de sable àquelques encàblures d'une côte rocheuse et tourmentée. Un immense remue-ménage, se flt alors sur, le nàvire, une cinquantaine de coquins à mine sinistre s'occupaient à déménager la Belle Léocadie et à conduire le butin dans rue. L'intérieur de l'lIe, très-boisé et très-mouvementé, paraissait charmant. Néanmoins Saturnin ne songea nullement à admirer le paysage; les pirntei! avaient déposé leurs prisonniers sur un rocher du haut duquel ils pouvaient suivre le sac du navire. Le soleil montant sur l'horizon rappela aux forbans que l'heure du déjeu- ner .approchait, Déjà la soute aux liqueurs du capitaine Lastic, fin gourmet, leur avait fourni l'occasion de fréquentes libatioiis. Dans un dernier voyage, chacun des pirates se munit du plus grand nombre possible de bouteilles, et l'orgié commàa, au grand çléseépôir du capitaine Lastic. Laissez faire, disait Saturnin Farnndoul, c'est peul-ètr¡; le salut 1 Tonnerre d'Honfleur 1 ça me fend le cœur tout de même l, Du si bon cognac i Quels types que-ces.pirates! Des barbes de toutes les couleurs, des, sourcils de toutes tailles, des nez de toutes les courbures! D'effroyables figures de bandits culottées par le soleil des tropiques -Et quels anc-' naux ambulants! Bondés de pistolets de tous les calibres'et de tous les systèmes, à chien, à pierre, à mèche, bardés dé poignards de toutes les dimensions, les uns droits, les autres tortillés en flamme, quelques- uns dentelés en scic, presque tous empoisonnés, ces écumeurs des mers produisaient en marchant un bruit de. ferraille qui ,le~ sJtisraisait fort. Les trois chefs, naturellement, possédaient l'nrsenal le plus compliqué et le plus tortillé, ainsi que les figures de coquins les plus réus.sies,