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f4 VOYAGES TRÈS"EXTRAORDINAIRES.

mère adoptive de Saturnin Farandoul, essaya bien encore en cachette de le ¡
frictionner avec un onguent donné par quelques commères, mais ce remède 1
n'opéra pas davantage.

Les mois et les saisons s'écoulèrent, et l'infériorité de Saturnin Farandoul
s'accentuait davantage 1 C'était pourtant un grand et fort gamin bie'n décou-
plé, souple, agile, adroit à tous les exercices ,du corps, et qui 'serait facilement
venu à bout de quatre des plus forts parmi les _garÇons de son âge, mais à
cùléde ses frères de lait, ces avantages disparaissaient et Farandoul devait
se déclarer vaincu.

Parfois messieurs ses frères, cachés dans les arbres, le guettaient dans
ses promenades, et au moment le pauvre Saturnin Farandoul. passait
en suçant quelque canne à sucre sans penser à mal, la. bande' folâtre faisait
la chaine, le plus se suspendait par la queue à quelque haute branche,
les autres s'accrochaient à lui et le dernier saisissait Farandoul sous les bras
à l'improviste el~montait aV_~(f,I~i. On le balançait alors dans les airs sans
souci des C?UPS de: pied qu'Wdistribuait libéralement, jusqu'à ce que toute
la bande se IÉLi'SS'At tombE¡r,s~r l'herbe.

Peu à peùçes farces elilis-mémes p~ent,fin.

En vieilji3sant, ses frères av8.i~nt compris qu'il n'était pas génére~xd'abu-
ser de leurs avantages physiques et de ramener sans cesse leur jeune frère à
la pensée de son infériorité.

Bieri.aù contraire, ils prirent à tâche de la lui faire oublier par toutes
sortes de précautiôns et d'attentions fraternelles.

Mais il était trop tard 1 L'intelligence de Farandoul avait compris la rai-
son de ces égards et son humiliation s'en était accrue.

D'ailleurs il le voyait bien, la tribu tout entière le regardait avec un air
de commisération désagréable. Dans tous les yeux se peignait trop clairement
une douce pitié. La bonne guenon, sa mère adoptive, l'aimait avec d'autant
plus de tendresse qu'elle le croyait destiné à couler une vie malheureuse et
peut-être solitaire 1

En songeant à l'avenir, elle commençait à craindre beaucoup pour l'éla-
blissement futur de son enfant. Trouverait-il jamais à se marier? Comment
serait-il reçu par les jeunes guenons du village, lorsqu'il commencerait à pen-
ser à elles?

Et si son cœur parlait! quelle douleur pour lui si sa bien~aimêe refusait
sa main et s'HIa voyait plus tard au bras d'un autre Que de chagrins dans
l'avenir! que de drames peut-être!
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