

Title : Oeuvres complètes de Chateaubriand. 6, Mélanges littéraires / [Chateaubriand]
Author : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)
Publisher : Acamédia (Paris)
Date of publication : 1861
Type : monographie imprimée
Language : French
Format : text/html
Copyright : conditions spécifiques d'utilisation - Microformes et reprints
Identifier : ark:/12148/bpt6k101372j
Source : Acamédia
Relation : Notice d'ensemble : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37348907h
Relation : Titre d'ensemble : Oeuvres complètes de Chateaubriand
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37304308d
Provenance : bnf.fr
Lorsque je rentrai en France, en 1800, après une émigration pénible, mon ami M. de Fontanes rédigeait le Mercure de France ; il m'invita à écrire avec lui dans ce journal, pour le rétablissement des saines doctrines religieuses et monarchiques.
J'acceptai cette invitation : je donnai quelques articles au Mercure, avant même d'avoir publié Atala , avant d'être connu, car mon Essai historique était resté enseveli en Angleterre. Ces combats n'étaient pas sans quelques périls : on ne pouvait alors arriver à la politique que par la littérature ; la police de Buonaparte entendait à demi-mot, le donjon de Vincennes, les déserts de la Guiane et la plaine de Grenelle, attendaient encore, si besoin était, les écrivains royalistes. Mon premier article sur le Voyage en Espagne de M. de Laborde faillit de me coûter cher : Buonaparte menaça de me faire sabrer sur les marches de son palais ; ce furent ses expressions. Il ordonna la suppression du Mercure et sa réunion à la Décade . Le Journal des Débats , qui avait osé répéter l'article, fut bientôt après ravi à ses propriétaires.
Au retour du roi, je réclamai auprès du gouvernement la propriété du Mercure , que j'avais acheté de M. de Fontanes pour une somme de 20 000 fr. Je m'étais imaginé que la cause qui avait fait supprimer cet ouvrage ferait un peu valoir mon bon droit ; je me trompai. C'est ainsi qu'ayant eu à répéter une part de mes appointements de ministre, je n'ai pu l'obtenir, par la raison qu'ayant fait le voyage de Gand, je ne m'étais pas rendu à mon poste à Stockholm ; c'est ainsi qu'en sortant du ministère, non seulement on ne m'a pas alloué le traitement de retraite accoutumé, mais encore on m'a supprimé ma pension de ministre d'Etat. Je rappelle ceci, non pour me plaindre, mais afin qu'on ne fasse pas à l'avenir porter sur d'autres que moi ces misérables vengeances et ces ignobles économies, si peu d'accord avec la générosité naturelle de nos monarques et la dignité de la couronne.
Un choix des articles du Mercure a été fait par moi : ces articles, réunis à quelques autres articles littéraires tirés du Conservateur et du Journal des Débats , forment la collection renfermée dans ce volume. Les lettres n'ont jamais été si honorables que lorsque, dans le silence du monde subjugué, elles proclamaient des vérités courageuses et faisaient entendre les accents de la liberté au milieu des cris de la victoire.
Puisque le nom de M. de Fontanes est venu se placer naturellement sous ma plume, qu'il me soit permis de payer ici un nouveau tribut de regret et de douleur à la mémoire de l'excellent homme que la France littéraire pleurera longtemps. Si la Providence me laisse encore quelques jours sur la terre, j'écrirai la vie de mon illustre et généreux ami. Il annonça au monde ce que, selon lui, je devais devenir ; moi, je dirai ce qu'il a été : ses droits auprès de la postérité seront plus sûrs que les miens.