

Title : Oeuvres complètes de Chateaubriand. 6, Mélanges littéraires / [Chateaubriand]
Author : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)
Publisher : Acamédia (Paris)
Date of publication : 1861
Type : monographie imprimée
Language : French
Format : text/html
Copyright : conditions spécifiques d'utilisation - Microformes et reprints
Identifier : ark:/12148/bpt6k101372j
Source : Acamédia
Relation : Notice d'ensemble : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37348907h
Relation : Titre d'ensemble : Oeuvres complètes de Chateaubriand
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37304308d
Provenance : bnf.fr
Avril 1819.
M. Prévôt a pris la vue de Jérusalem du haut du couvent de Saint Sauveur. On découvre de ce point la ville entière et le cercle presque complet de l'horizon. Cet horizon embrasse, à l'orient et au midi, le chemin de Bethléem, les montagnes d'Arabie, un coin de la mer Morte et la montagne des Oliviers ; au nord et à l'ouest, les montagnes de Sichem ou de Naplouse, le chemin de Damas et les montagnes de Judée sur la route de Jaffa.
Tous ces lieux, ainsi que les plus petits détails de Jérusalem, sont décrits dans l' Itinéraire , et peuvent servir d'explication au Panorama. Qu'il me soit permis seulement de rappeler le tableau général de la ville, en priant le lecteur d'observer deux choses :
1o Mon point de vue, pris de la montagne des Oliviers, est conséquemment tout juste à l'opposé du point de vue de M. Prévot : dans le Panorama, la montagne des Oliviers est en face ; dans ma description, c'est Jérusalem qu'on a devant soi.
2o Je me trouvais en Judée au mois d'octobre ; le soleil était ardent ; les cieux étaient devenus d'airain ; les montagnes étaient arides, sèches et brûlées. M. Prévôt a vu Jérusalem en hiver, par un temps pluvieux et sombre, ce qui convient également à la tristesse du site et des souvenirs. A ces petites différences près, les deux tableaux ont l'air d'avoir été calqués l'un sur l'autre. Voyez donc la description extraite de l' Itinéraire .
Telle est aujourd'hui Jérusalem, et telle la représente le Panorama. Compagnon naturel de tous les voyageurs, m'associant en pensée à leurs périls et à leurs travaux, j'admire trop les arts, j'aime trop les Muses pour ne pas me faire un devoir de recommander à la France les talents qui la peuvent honorer. Soyons reconnaissants envers l'homme courageux qui a immolé à son art sa santé, son repos et sa fortune. Ce n'est encore là que le moindre des sacrifices de M. Prévôt : il a eu le malheur de perdre son neveu. Ce jeune peintre, de la plus belle espérance, vrai martyr des arts, est mort à la vue de la Grèce, et son corps a été abandonné aux flots de cette mer qui baigne la patrie d'Apelles. Ainsi toutes les peines sont pour les voyageurs, tous les plaisirs pour nous, qui profitons du voyage : nous allons au bout de la terre sans quitter notre patrie. Après tout, c'est toujours là qu'il en faut revenir ; et quand on a vu toutes les villes du monde, on trouve encore que celles de son pays sont les plus belles : c'était l'opinion de Montaigne.
" Je responds, dit-il, ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : Je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche. Si on me dit que parmy les estrangers il y peut avoir aussi peu de santé, et que leurs rnoeurs ne sont pas mieux nettes que les nostres, je responds que c'est tousjours gain de changer un mauvais estat à un estat incertain, et que les maux d'autruy ne nous doivent pas poindre comme les nostres. Je ne veux pas oublier cecy : que je ne me mutine jamais tant contre la France que je ne regarde Paris de bon oeil : elle a mon coeur dès mon enfance, et m'en est advenu comme des choses excellentes. Plus j'ay veu depuis d'autres villes belles, plus la beauté de cette cy peut et gaigne sur mon affection. Je l'ayme tendrement jusques à ses verrues et à ses taches. Je ne suis Français que par cette grande cité, grande en peuples, grande en félicité de son assiette, mais surtout grande et incomparable en variété et diversité de commodités, la gloire de la France et l'un des plus nobles ornements du monde. Dieu en chasse loin nos divisions ! "