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Title : Mémoires d'Outre-tombe ([Numérisé en mode texte]) / Chateaubriand

Author : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)

Publisher : Acamédia (Paris)

Date of publication : 1997

Type : monographie imprimée

Language : French

Format : text/html

Copyright : domaine public

Identifier : ark:/12148/bpt6k1013503

Source : Acamédia

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37304286x

Provenance : bnf.fr

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Title : Mémoires d'Outre-tombe ([Numérisé en mode texte]) / Chateaubriand

Author : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)

Url of the page : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1013503/f601


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Madame de Krüdner. - Le Duc de Wellington.

Madame Récamier était restée en France pendant les Cent Jours, où la Reine Hortense l'invitait à demeurer ; la Reine de Naples lui offrait au contraire un asile en Italie.

Les Cent Jours passèrent.

Madame de Krüdner suivit les Alliés arrivés de nouveau à Paris. Elle était tombée du roman dans le mysticisme ; elle exerçait un grand empire sur l'esprit de l'Empereur de Russie. C'est elle qui fit donner à l' Alliance des Rois de l'Europe le nom de Sainte .

Madame de Krüdner logeait dans un hôtel du faubourg Saint-Honoré. Le jardin de cet hôtel s'étendait jusqu'aux Champs-Elysées. Alexandre arrivait incognito par une porte du jardin et des conversations politico-religieuses finissaient par de ferventes prières. Madame de Krüdner m'avait invité à l'une de ces sorcelleries célestes. Moi, l'homme de toutes les chimères, j'ai la haine de la déraison, l'abomination du nébuleux et le dédain des jongleries : on n'est pas parfait. La scène m'ennuya ; plus je voulais prier, plus je sentais la sécheresse de mon âme. Je ne trouvais rien à dire à Dieu, et le diable me poussait à rire. J'avais mieux aimé Madame de Krüdner lorsqu'environnée de fleurs et habitante encore de cette chétive terre, elle composait Valérie . Seulement je trouvais que mon vieil ami Monsieur Michaud, mêlé bizarrement à cette idylle, n'avait pas assez du berger, malgré son nom. Madame de Krüdner devenue séraphin, cherchait à s'entourer d'anges ; la preuve en est dans ce billet charmant de Benjamin Constant à Madame Récamier :

" Jeudi.

" Je m'acquitte avec un peu d'embarras d'une commission que Madame de Krüdner vient de me donner. Elle vous supplie de venir la moins belle que vous pourrez. Elle dit que vous éblouissez tout le monde, et que par là toutes les âmes sont troublées et toutes les attentions impossibles. Vous ne pouvez pas déposer votre charme ; mais ne le rehaussez pas. Je pourrais ajouter bien des choses sur votre figure, à cette occasion : mais je n'en ai pas le courage. On peut être ingénieux sur le charme qui plaît, mais non sur celui qui tue. Je vous verrai tout à l'heure. Vous m'avez indiqué cinq heures ; mais vous ne rentrerez qu'à six : et je ne pourrai vous dire un mot. Je tâcherai pourtant d'être aimable encore cette fois. "

Le duc de Wellington ne prétendait-il pas aussi à l'honneur d'attirer un regard de Juliette ? Un de ses billets que je transcris, n'a de curieux que la signature :

" A Paris, ce 13 janvier.

" J'avoue, Madame, que je ne regrette pas beaucoup que les affaires m'empêchent de passer chez vous après dîner, puisque à chaque fois que je vous vois, je vous quitte plus pénétré de vos agréments et moins disposé à donner mon attention à la politique !!!

" Je passerai chez vous demain à mon retour de chez l'abbé Sicard, en cas que vous vous y trouvassiez et malgré l'effet que ces visites dangereuses produisent sur moi.

" Votre très fidèle serviteur,

" Wellington. "

A son retour de Waterloo, entrant chez Madame Récamier, le duc de Wellington s'écria : " Je l'ai bien battu ! "

Dans un coeur français son succès lui aurait fait perdre la victoire, eût-il pu jamais y prétendre.

 


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