

Title : Mémoires d'Outre-tombe ([Numérisé en mode texte]) / Chateaubriand
Author : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)
Publisher : Acamédia (Paris)
Date of publication : 1997
Type : monographie imprimée
Language : French
Format : text/html
Copyright : domaine public
Identifier : ark:/12148/bpt6k1013503
Source : Acamédia
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37304286x
Provenance : bnf.fr
Le duc de Rohan-Chabot.
Madame Récamier rencontra à Naples le comte de Neipperg et le duc de Rohan-Chabot : l'un devait monter au nid de l'aigle, l'autre revêtir la pourpre. On a dit de celui-ci qu'il avait été voué au rouge, ayant porté l'habit de chambellan, l'uniforme de chevau léger et la robe de cardinal.
Le duc de Rohan était fort joli ; il roucoulait la romance, lavait de petites aquarelles et se distinguait par une étude coquette de toilette. Quand il fut abbé, sa pieuse chevelure éprouvée au fer, avait une élégance de martyr. Il prêchait à la brune, dans des oratoires, devant des dévotes, ayant soin, à l'aide de deux ou trois bougies artistement placées, d'éclairer en demi-teinte comme un tableau, son visage pâle. Il chantait la Préface à faire pleurer : il n'allait point comme saint Paul, avec une parole rude ; mais avec une parole emmiellée et cet abaissement adorable qui consacrait un Chabot à Dieu, tout de même qu'un simple desservant de paroisse. Guérin faisant le portrait de l'abbé Duc, lui adressait un jour des compliments sur sa figure ; l'humble confesseur lui répondit : " Si vous m'aviez vu priant ! "
On ne s'explique pas de prime abord comment des hommes que leurs noms rendaient bêtes à force d'orgueil, s'étaient mis aux gages d'un Parvenu . En y regardant de près on trouve que cette aptitude à entrer en condition, découlait naturellement de leurs moeurs : façonnés à la domesticité, point n'avaient souci du changement de livrée, pourvu que le maître fût logé au château à la même enseigne. Le mépris de Bonaparte leur rendait justice : ce grand soldat, abandonné des siens, disait avec reconnaissance à Madame de Montmorency : " Au fond, il n'y a que vous autres qui sachiez servir. "
La religion et la mort ont passé l'éponge sur quelques faiblesses, après tout bien pardonnables, du Cardinal de Rohan. Prêtre chrétien il a consommé à Besançon son sacrifice, secourant le malheureux, nourrissant le pauvre, vêtissant l'orphelin et usant en bonnes oeuvres sa vie dont une santé déplorable abrégeait naturellement le cours.