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Titre : Mémoires d'Outre-tombe ([Numérisé en mode texte]) / Chateaubriand

Auteur : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)

Éditeur : Acamédia (Paris)

Date d'édition : 1997

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : text/html

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k1013503

Source : Acamédia

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37304286x

Provenance : bnf.fr

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Titre : Mémoires d'Outre-tombe ([Numérisé en mode texte]) / Chateaubriand

Auteur : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)

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Madame Récamier à Rome. - Albano. - Canova. - Ses lettres.

Madame Récamier était trop fière pour demander son rappel. Fouché l'avait longtemps et inutilement pressée d'orner la cour de l'Empereur : on peut voir les détails de ces négociations de palais dans les écrits du temps. Madame Récamier se retira en Italie ; M. de Montmorency l'accompagna jusqu'à Chambéry. Elle traversa le reste des Alpes n'ayant pour compagne de voyage qu'une petite nièce âgée de sept années, aujourd'hui Madame Lenormant.

Rome était alors une ville de France, capitale du département du Tibre. Le pape gémissait prisonnier à Fontainebleau dans le palais de François Ier.

Fouché en mission en Italie, commandait dans la cité des Césars, de même que le chef des eunuques noirs dans Athènes ; il n'y fit que passer ; on installa Monsieur de Norvins en qualité de Préfet de police : le mouvement était sur un autre point de l'Europe. Conquise sans avoir vu son second Alaric, la ville éternelle se taisait, plongée dans ses ruines. Des artistes demeuraient seuls sur cet amas de siècles. Canova reçut Madame Récamier comme une statue grecque que la France rendait au Musée du Vatican. Pontife des arts, il l'inaugura aux honneurs du Capitole, dans Rome abandonnée.

Canova avait une maison à Albano ; il l'offrit à Madame Récamier. Elle y passa l'été. La fenêtre à balcon de sa chambre, était une de ces grandes croisées de peintre qui encadrent le paysage. Elle s'ouvrait sur les ruines de la Villa de Pompée ; au loin par dessus des oliviers, on voyait le soleil se coucher dans la mer. Canova revenait à cette heure ; ému de ce beau spectacle, il se plaisait à chanter avec un accent vénitien et une voix agréable la barcarolle : O pescator dell'onda . Madame Récamier l'accompagnait sur le piano. L'auteur de Pysché et de la Madeleine , se délectait à cette harmonie et cherchait dans les traits de Juliette le type de la Béatrix qu'il rêvait de faire un jour. Rome avait vu jadis Raphaël et Michel-Ange couronner leurs modèles dans de poétiques orgies trop librement racontées par Cellini. Combien leur était supérieure cette petite scène décente et pure entre une jeune femme exilée et ce Canova, si simple et si doux ! Plus solitaire que jamais, Rome en ce moment portait le deuil de veuve : elle ne voyait plus passer en la bénissant ces paisibles souverains qui rajeunirent ses vieux jours de toutes les merveilles des arts. Le bruit du monde s'était encore une fois éloigné d'elle ; Saint-Pierre était désert comme le Colisée.

Vous avez lu les lettres éloquentes qu'écrivait à son amie la femme la plus illustre de nos jours passés ; lisez les mêmes sentiments de tendresse exprimés avec la plus charmante naïveté dans la langue de Pétrarque par le premier sculpteur des temps modernes. Je ne commettrai pas le sacrilège d'essayer de les traduire.

" No, l'anima mia non può tralasciare in verun'modo di ringraziare mille e mille volte l'adorabile sua Giulietta : si cara, si voi molte volte mi fate godere di una esistenza celeste ; jeri dopo che siete stata da me mi sentivo un'anima piu bella assai assai ; jersera sono partito da voi col Paradiso entro di me.

" Oh ! cosa mai sarei io se potessi poi essere sempre sempre con Giulietta.

" Addio, addio con tutta l'anima.

" Dio buono quanto, quanto mai son'disgraziato ! Il Diavolo mi ha fatto incontrare uno per estrada il quale mi ha trattenuto circa dieci minuti che mi parvero dieci anni ; cosa che fremevo come un disperato. Ecco cara Ginlietta adorabile, ecco perchè sono arrivato da voi momenti dopo che eravate sortira ; pazienza, pazienza, il male è solo per me, pure avevo lasciato tutto tutto per essere all'appuntamento.

" Come sono tristo !!

" Lunedi notte non ho dormito nemeno un minuto, e per ciò jeri ho fatto un viaggetto per rimettermi. Giulietta è stata sempre, sempre il piacevole soggetto dè nostri discorsi. Parlando sempre di lei il tempo se ne andava volando. Mi doleva però che qu'ell anima di Paradiso non fosse realmente con me ; quante, quante volte mi dicevo : Quale contento io avrei mai se colei fosse qui con me !

" Quando poi sono entrato nella camera vostra, lascio a voi il pensare cosa sentiva il mio cuore.

" Addio, addio creatura celeste, io vi amo con tutta l'anima.

" Ditemi, ove ci vediamo oggi ?

" No, non so come mai risolvermi a partire oggi. ne il cuore mio non vorebbe in verun'modo lasciare di verdervi questa sera. Dio mio quanto sono mai tristo ! Ora conosco davvero davvero che se dovessi mai (che il cielo nol'voglia) restare del tempo senza vedervi non sò come andarebbe la cosa. Dio mio, quanto quanto mai vi amo ! Sapiate che ardo, che vengo domani sera per vedervi e dirvi a voce che vi adoro con tutta l'anima. "

 


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