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Titre : Mémoires d'Outre-tombe ([Numérisé en mode texte]) / Chateaubriand

Auteur : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)

Éditeur : Acamédia (Paris)

Date d'édition : 1997

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : text/html

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k1013503

Source : Acamédia

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37304286x

Provenance : bnf.fr

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Titre : Mémoires d'Outre-tombe ([Numérisé en mode texte]) / Chateaubriand

Auteur : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)

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Premier voyage de Madame de Staël en Allemagne. - Madame Récamier à Paris.

Madame de Staël menacée de l'exil, tenta de s'établir à Maffliers, campagne à dix lieues de Paris. Elle accepta la proposition que lui fit Madame Récamier, revenue d'Angleterre, de passer quelques jours à Saint-Brice avec elle ; ensuite elle retourna dans son premier asile. Elle rend compte de ce qui lui arriva alors, dans les Dix années d'exil :

" J'étais à table, dit-elle, avec trois de mes amis dans une salle où l'on voyait le grand chemin et la porte d'entrée. C'était à la fin de septembre à quatre heures : un homme en habit gris, à cheval, s'arrête et sonne ; je fus certaine de mon sort : il me fit demander ; je le reçus dans le jardin. En avançant vers lui, le parfum des fleurs et la beauté du soleil me frappèrent. Les sensations qui nous viennent par les combinaisons de la société sont si différentes de celle de la nature ! Cet homme me dit qu'il était le commandant de la gendarmerie de Versailles. (...) Il me montra une lettre signée de Bonaparte qui portait l'ordre de m'éloigner à quarante lieues de Paris et enjoignait de me faire partir dans les vingt-quatre heures, en me traitant cependant avec tous les égards dus à une femme d'un nom connu... Je répondis à l'officier de gendarmerie que partir dans les vingt-quatre heures convenait à des conscrits, mais non pas à une femme et à des enfants. En conséquence je lui proposai de m'accompagner à Paris où j'avais besoin de trois jours pour faire les arrangements nécessaires à mon voyage. Je montai donc dans ma voiture avec mes enfants et cet officier qu'on avait choisi comme le plus littéraire des gendarmes. En effet il me fit des compliments sur mes écrits. - Vous voyez, lui dis-je, Monsieur, où cela mène d'être une femme d'esprit. Déconseillez-le, je vous prie, aux personnes de votre famille, si vous en avez l'occasion. " J'essayais de me monter par la fierté ; mais je sentais la griffe dans mon coeur.

" Je m'arrêtai quelques instants chez Madame Récamier. Je trouvai le général Junot qui, par dévouement pour elle, promit d'aller le lendemain parler au premier Consul. Il le fit en effet avec la plus grande chaleur. (...)

" La veille du jour qui m'était accordé, Joseph Bonaparte fit encore une tentative.

" Je fus obligée d'attendre la réponse dans une auberge à deux lieues de Paris, n'osant pas rentrer chez moi dans la ville. Un jour se passa sans que cette réponse me parvint. Ne voulant pas attirer l'attention sur moi en restant plus longtemps dans l'auberge où j'étais, je fis le tour des murs de Paris pour en aller chercher une autre, de même à deux lieues de Paris, mais sur une route différente. Cette vie errante à quatre pas de mes amis et de ma demeure, me causait une douleur que je ne puis me rappeler sans frissonner... "

Madame de Staël au lieu de retourner à Coppet partit pour son premier voyage d'Allemagne. A cette époque elle m'écrivit sur la mort de Madame de Beaumont la lettre que j'ai citée dans mon premier voyage de Rome.

Madame Récamier réunissait chez elle à Paris ce qu'il y avait de plus distingué dans les partis opprimés et dans les opinions qui n'avaient pas tout cédé à la victoire. On y voyait les illustrations de l'ancienne monarchie et du nouvel Empire, les Montmorency, les Lafayette, les Sabran, les Lamoignon, les Noailles, les généraux Masséna, Junot, Moreau et Bernadotte ; celui-là destiné à l'exil, celui-ci au trône. Les étrangers illustres, le Prince d'Orange et le Prince de Bavière, le frère de la Reine de Prusse, l'environnaient, comme à Londres le Prince de Galles était fier de porter son châle. L'attrait était si irrésistible qu'Eugène Beauharnais, Murat et les ministres mêmes de l'Empereur allaient à ces réunions.

Bonaparte ne pouvait souffrir le succès, même celui d'une femme, lorsqu'il ne relevait pas de lui. Il disait : " Depuis quand le conseil se tient-il chez Madame Récamier ? "

 


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