

Titre : Mémoires d'Outre-tombe ([Numérisé en mode texte]) / Chateaubriand
Auteur : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)
Éditeur : Acamédia (Paris)
Date d'édition : 1997
Type : monographie imprimée
Langue : Français
Format : text/html
Droits : domaine public
Identifiant : ark:/12148/bpt6k1013503
Source : Acamédia
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37304286x
Provenance : bnf.fr
Enfance de Madame Récamier.
J'ai vu à Lyon le Jardin des Plantes établi dans les jardins en amphithéâtre de l'ancienne Abbaye de la Déserte , maintenant abattue : le Rhône et la Saône sont à vos pieds ; au loin s'élève la plus haute montagne de l'Europe, première colonne milliaire de l'Italie, avec son écriteau blanc au-dessus des nuages.
Madame Récamier fut mise dans cette abbaye ; elle y passa son enfance derrière une grille qui ne s'ouvrait sur l'église extérieure qu'à l'élévation de la messe. Alors on apercevait dans la chapelle intérieure du couvent de jeunes filles prosternées. La fête de l'abbesse était la fête principale de la communauté ; la plus belle des pensionnaires, faisait le compliment d'usage : sa parure était ajustée, sa chevelure nattée, sa tête voilée et couronnée des mains de ses compagnes ; et tout cela en silence, car l'heure du lever était une de celles qu'on appelait du grand silence dans les monastères. Il va de suite que Juliette avait les honneurs de la journée.
Son père et sa mère s'étant établis à Paris, rappelèrent leur enfant auprès d'eux. Sur des brouillons écrits par Madame Récamier je recueille cette note :
" La veille du jour où ma tante devait venir me chercher, je fus conduite dans la chambre de Madame l'abbesse pour recevoir sa bénédiction. Le lendemain, baignée de larmes, je venais de franchir la porte que je ne me souvenais pas d'avoir vu s'ouvrir pour me laisser entrer, je me trouvai dans une voiture avec ma tante, et nous partîmes pour Paris.
" Je quitte à regret une époque si calme et si pure pour entrer dans celle des agitations. Elle me revient quelquefois comme dans un vague et doux rêve avec ses nuages d'encens, ses cérémonies infinies, ses processions dans les jardins, ses chants et ses fleurs. "
Ces heures sorties d'un pieux désert, se reposent maintenant dans une autre solitude religieuse, sans avoir rien perdu de leur fraîcheur et de leur harmonie.