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Titre : Mémoires d'Outre-tombe ([Numérisé en mode texte]) / Chateaubriand
Auteur : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)
Éditeur : Acamédia (Paris)
Date d'édition : 1997
Type : monographie imprimée
Langue : Français
Format : text/html
Droits : domaine public
Identifiant : ark:/12148/bpt6k1013503
Source : Acamédia
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37304286x
Provenance : bnf.fr
Pie VII.
10 mars 1829.
Je visite souvent Monte-Cavallo, la solitude des jardins s'y accroît de la solitude de la campagne romaine que la vue va chercher par-dessus Rome, en amont de la rive droite du Tibre. Les jardiniers sont mes amis ; des allées mènent à la Paneterie ; pauvre laiterie, volière ou ménagerie dont les habitants sont indigents et pacifiques comme les papes actuels. En regardant en bas du haut des terrasses de l'enceinte quirinale, on aperçoit dans une rue étroite des femmes qui travaillent aux différents étages de leurs fenêtres : les unes brodent, les autres peignent dans le silence de ce quartier retiré. Les cellules des cardinaux du dernier conclave ne m'intéressent pas du tout. Lorsqu'on bâtissait Saint-Pierre, que l'on commandait des chefs-d'oeuvre à Raphaël, qu'en même temps les rois venaient baiser la mule du pontife, il y avait quelque chose digne d'attention dans la papauté temporelle. Je verrais volontiers la loge d'un Grégoire VII, d'un Sixte-Quint, comme je chercherais la fosse aux lions dans Babylone ; mais des trous noirs, délaissés d'une obscure compagnie de septuagénaires, ne me représentent que ces columbaria de l'ancienne Rome, vides aujourd'hui de leur poussière et d'où s'est envolée une famille de morts.
Je passe donc rapidement ces cellules déjà à moitié abattues pour me promener dans les salles du palais : là, tout me parle d'un événement dont on ne retrouve de trace qu'en remontant jusqu'à Sciarra Colonna, Nogaret et Boniface VIII.
Mon premier et mon dernier voyage de Rome se rattachent par les souvenirs de Pie VII dont j'ai raconté l'histoire en parlant de madame de Beaumont et de Bonaparte. Mes deux voyages sont deux pendentifs esquissés sous la voûte de mon monument. Ma fidélité à la mémoire de mes anciens amis doit donner confiance aux amis qui me restent : rien ne descend pour moi dans la tombe ; tout ce que j'ai connu vit autour de moi : selon la doctrine indienne, la mort, en nous touchant, ne nous détruit pas ; elle nous rend seulement invisibles.