

Title : Mémoires d'Outre-tombe ([Numérisé en mode texte]) / Chateaubriand
Author : Chateaubriand, François-René de (1768-1848)
Publisher : Acamédia (Paris)
Date of publication : 1997
Type : monographie imprimée
Language : French
Format : text/html
Copyright : domaine public
Identifier : ark:/12148/bpt6k1013503
Source : Acamédia
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37304286x
Provenance : bnf.fr
Ancienne société romaine.
Si j'avais peint la société de Rome il y a un quart de siècle, de même que j'ai peint la campagne romaine, je serais obligé de retoucher mon portrait, il ne serait plus ressemblant. Chaque génération est de trente-trois années, la vie du Christ (le Christ est le type de tout) ; chaque génération dans notre monde occidental varie sa forme. L'homme est placé dans un tableau dont le cadre ne change point, mais dont les personnages sont mobiles. Rabelais était dans cette ville en 1536 avec le cardinal du Bellay, il faisait l'office de maître d'hôtel de Son Eminence, il tranchait et présentait .
Rabelais, changé en frère Jean des Entommeures , n'est pas de l'avis de Montaigne, qui n'a presque point ouï de cloches à Rome et beaucoup moins que dans un village de France ; Rabelais, au contraire, en entend beaucoup dans l' isle Sonnante (Rome), doutant que ce fust Dodone avec ses chaudrons .
Quarante-quatre ans après Rabelais, Montaigne trouva les bords du Tibre plantés, et il remarque que le 16 mars il y avait des roses et des artichauts à Rome. Les églises étaient nues, sans statues de saints sans tableaux, moins ornées et moins belles que les églises de France. Montaigne était accoutumé à la vastité sombre de nos cathédrales gothiques ; il parle plusieurs fois de Saint-Pierre sans le décrire, insensible ou indifférent qu'il parait être aux arts. En présence de tant de chefs-d'oeuvre, aucun nom ne s'offre au souvenir de Montaigne ; sa mémoire ne lui parle ni de Raphaël, ni de Michel-Ange, mort il n'y avait pas encore seize ans.
Au reste, les idées sur les arts, sur l'influence philosophique des génies qui les ont agrandis ou protégés, n'étaient point encore nées. Le temps fait pour les hommes ce que l'espace fait pour les monuments, on ne juge bien des uns et des autres qu'à distance et au point de la perspective ; trop près on ne les voit pas, trop loin on ne les voit plus.
L'auteur des Essais ne cherchait dans Rome que la Rome antique : " Les bastimens de cette Rome bastarde, dit-il, qu'on voit à cette heure, attachant à ces masures quoiqu'ils aient de quoi ravir en admiration nos siècles présens, me font ressouvenir des nids que les moineaux et les corneilles vont suspendant en France aux voûtes et parois des églises que les huguenots viennent d'y démolir. "
Quelle idée Montaigne se faisait-il donc de l'ancienne Rome, s'il regardait Saint-Pierre comme un nid de moineaux suspendu aux parois du Colysée ?
Le nouveau citoyen romain par bulle authentique de l'an 1581 depuis J.-C. avait remarqué que les Romaines ne portaient point de loup ou de masque comme les Françaises ; elles paraissaient en public couvertes de perles et de pierreries, mais leur ceinture était trop lâche et elles ressemblaient à des femmes enceintes . Les hommes étaient habillés de noir, " et bien qu'ils fussent ducs, comtes et marquis, ils avaient l'apparence un peu vile ".
N'est-il pas singulier que saint Jérôme remarque la démarche des Romaines qui les fait ressembler à des femmes enceintes : solutis genibus fractus incessus , " à pas brisés, les genoux fléchissants " ?
Presque tous les jours, lorsque je sors par la porte Angélique, je vois une chétive maison assez près du Tibre, avec une enseigne française enfumée représentant un ours : c'est là que Michel, seigneur de Montaigne, débarqua en arrivant à Rome, non loin de l'hôpital qui servit d'asile à ce pauvre fou, homme formé à l'antique et pure poésie que Montaigne avait visité dans sa loge à Ferrare, et qui lui avait causé encore plus de dépit que de compassion .
Ce fut un événement mémorable, lorsque le XVIIe siècle députa son plus grand poète protestant et son plus sérieux génie pour visiter, en 1638, la grande Rome catholique. Adossée à la croix, tenant dans ses mains les deux Testaments ayant derrière elle les générations coupables sorties d'Eden, et devant elle les générations rachetées descendues du jardin des Olives, elle disait à l'hérétique né d'hier : " Que veux-tu à ta vieille mère ? "
Leonora, la Romaine, enchanta Milton. A-t-on jamais remarqué que Leonora se retrouve dans les Mémoires de madame de Motteville, aux concerts du cardinal Mazarin ?
L'ordre des dates amène l'abbé Arnauld à Rome après Milton. Cet abbé, qui avait porté les armes, raconte une anecdote curieuse par le nom d'un des personnages, en même temps qu'elle fait revoir les moeurs des courtisanes. Le héros de la fable , le duc de Guise, petit-fils du Balafré, allant en quête de son aventure de Naples, passa par Rome en 1647 : il y connut la Nina Barcarola. Maison-Blanche, secrétaire de M. Deshayes, ambassadeur à Constantinople, s'avisa de vouloir être le rival du duc de Guise. Mal lui en prit ; on substitua (c'était la nuit dans une chambre sans lumière) une hideuse vieille à Nina. " Si les ris furent grands d'un côté, la confusion le fut de l'autre autant qu'on se le peut imaginer, dit Arnauld. L'Adonis, s'étant démêlé avec peine des embrassements de sa déesse, s'enfuit tout nu de cette maison comme s'il eût eu le diable à ses trousses. "
Le cardinal de Retz n'apprend rien sur les moeurs romaines. J'aime mieux le petit Coulanges et ses deux voyages en 1656 et 1689 : il célèbre ces vignes et ces jardins dont les noms seuls sont un charme.
Dans la promenade à la Porta Pia je retrouve presque toutes les personnes nommées par Coulanges : les personnes ? non ! leurs petits-fils et petites-filles.
Madame de Sévigné reçoit les vers de Coulanges ; elle lui répond du château des Rochers dans ma pauvre Bretagne, à dix lieues de Combourg : " Quelle triste date auprès de la vôtre, mon aimable cousin ! Elle convient à une solitaire comme moi, et celle de Rome à celui dont l'étoile est errante. Que la fortune vous a traité doucement, comme vous dites, quoiqu'elle vous ait fait querelle !!! "
Entre le premier voyage de Coulanges à Rome, en 1656, et son second voyage, en 1689, il s'était écoulé trente-trois ans : je n'en compte que vingt-cinq de perdus depuis mon premier voyage à Rome, en 1803, et mon second voyage en 1828. Si j'avais connu madame de Sévigné, je l'aurais guérie du chagrin de vieillir.
Spon, Misson, Dumont, Addison, suivent successivement Coulanges. Spon avec Wheler, son compagnon m'ont guidé sur les débris d'Athènes.
Il est curieux de lire dans Dumont comment les chefs-d'oeuvre que nous admirons étaient disposés à l'époque de son voyage en 1690 : on voyait au Belvédère les fleuves du Nil et du Tibre, l'Antinoüs, la Cléopâtre, le Laocoon et le torse supposé d'Hercule. Dumont place dans le jardin du Vatican les paons de bronze qui étaient sur le tombeau de Scipion l'Africain .
Addison voyage en scholar , sa course se résume en citations classiques empreintes de souvenirs anglais : en passant à Paris il avait offert ses poésies latines à M. Boileau.
Le père Labat suit l'auteur de Caton : c'est un singulier homme que ce moine parisien de l'ordre des Frères Prêcheurs. Missionnaire aux Antilles, flibustier, habile mathématicien, architecte et militaire, brave artilleur pointant le canon comme un grenadier, critique savant et ayant remis les Dieppois en possession de leur découverte primitive en Afrique, il avait l'esprit enclin à la raillerie et le caractère à la liberté. Je ne sache aucun voyageur qui donne des notions plus exactes et plus claires sur le gouvernement pontifical. Labat court les rues, va aux processions, se mêle de tout et se moque à peu près de tout.
Le frère prêcheur raconte qu'on lui a donné chez les capucins, à Cadix, des draps de lit tout neufs depuis dix ans, et qu'il a vu un saint Joseph habillé à l'espagnole, épée au côté, chapeau sous le bras, cheveux poudrés et lunettes sur le nez. A Rome, il assiste à une messe : " Jamais, dit-il, je n'ai tant vu de musiciens mutilés ensemble et une symphonie si nombreuse. Les connaisseurs disaient qu'il n'y avait rien de si beau. Je disais la même chose pour faire croire que je m'y connaissais ; mais si je n'avais pas eu l'honneur d'être du cortège de l'officiant, j'aurais quitté la cérémonie qui dura au moins trois bonnes heures, qui m'en parurent bien six. " Plus je descends vers le temps où j'écris, plus les sages de Rome deviennent semblables aux usages d'aujourd'hui.
Du temps de de Brosses les Romaines portaient de faux cheveux ; la coutume venait de loin : Properce demande à sa vie pourquoi elle se plaît à orner ses cheveux :
Quid juvat ornato procedere, vita, capillo ?
Les Gauloises, nos mères, fournissaient la chevelure des Sévérine, des Pisca, des Faustine, des Sabine. Velléda dit à Eudore en parlant de ses cheveux : " C'est mon diadème et je l'ai gardé pour toi. " Une chevelure n'était pas la plus grande conquête des Romains ; mais elle en était une des plus durables : on retire souvent des tombeaux de femmes cette parure entière : elle a résisté aux ciseaux des filles de la nuit, quand on cherche en vain le front élégant qu'elle couronna. Les tresses parfumées, objet de l'idolâtrie de la plus volage des passions, ont survécu à des empires ; la mort, qui brise toutes les chaînes, n'a pu rompre ce léger réseau.
Aujourd'hui les Italiennes portent leurs propres cheveux, que les femmes du peuple nattent avec une grâce coquette.
Le magistrat voyageur de Brosses a, dans ses portraits et dans ses écrits, un faux air de Voltaire avec lequel il eut une dispute comique à propos d'un champ. De Brosses causa plusieurs fois au bord du lit d'une princesse Borghèse. En 1803, j'ai vu dans le palais Borghèse une autre princesse : Pauline Bonaparte qui trouva, comme son frère, la mort dans de nombreuses victoires. Si elle eût vécu aux jours de Raphaël, il l'aurait représentée sous la forme d'un de ces amours qui s'appuient sur le dos des lions à la Farnésine, et la même langueur eût emporté le peintre et le modèle. Que de fleurs ont déjà passé dans ces steppes où j'ai fait errer Jérôme, Augustin, Eudore et Cymodocée !
De Brosses représente les Anglais à la place d'Espagne à peu près comme nous les voyons aujourd'hui, vivant ensemble, faisant grand bruit, regardant les pauvres humains du haut en bas et s'en retournant dans leur taudis rougeâtre à Londres, sans avoir jeté à peine un coup d'oeil sur le Colysée. De Brosses obtint l'honneur de faire sa cour à Jacques III :
" Des deux fils du prétendant, dit-il, l'aîné est âgé d'environ vingt ans, l'autre de quinze. J'entends dire à ceux qui les connaissent à fond que l'aîné vaut beaucoup mieux et qu'il est plus chéri dans son intérieur ; qu'il a de la bonté de coeur et un grand courage ; qu'il sent vivement sa situation, et que, s'il n'en sort pas un jour, ce ne sera pas faute d'intrépidité. On m'a raconté qu'ayant été mené tout jeune au siège de Gaëte, lors de la conquête du royaume de Naples par les Espagnols, dans la traversée son chapeau vint à tomber à la mer. On voulut le ramasser : " Non, dit-il, ce n'est pas la peine ; il faudra bien que j'aille le chercher un jour moi-même. "
De Brosses croit que si le prince de Galles tente quelque chose, il ne réussira pas et il en donne les raisons. Revenu à Rome après ses vaillantes apertises, Charles-Edouard, qui portait le nom de comte d'Albany, perdit son père ; il épousa la princesse de Stolberg-Goedern, et s'établit en Toscane. Est-il vrai qu'il visita secrètement Londres en 1753 et 1761, comme Hume le raconte, qu'il assista au couronnement de George III, et qu'il dit à quelqu'un qui l'avait reconnu dans la foule : " L'homme qui est l'objet de toute cette pompe est celui que j'envie le moins. " ?
L'union du prétendant ne fut pas heureuse ; la comtesse d'Albany se sépara de lui et fixa son séjour à Rome : ce fut là qu'un autre voyageur, Bonstetten, la rencontra ; le gentilhomme bernois, dans sa vieillesse, me faisait entendre à Genève qu'il avait des lettres de la première jeunesse de la comtesse d'Albany.
Alfieri vit à Florence la femme du prétendant et il l'aima pour la vie : " Douze ans après, dit-il, au moment où j'écris toutes ces pauvretés, à cet âge déplorable où il n'y a plus d'illusions, je sens que je l'aime tous les jours davantage, à mesure que le temps détruit le seul charme qu'elle ne doit pas à elle-même, l'éclat de sa passagère beauté. Mon coeur s'élève, devient meilleur et s'adoucit par elle, et j'oserais dire la même chose du sien, que je soutiens et fortifie. "
J'ai connu madame d'Albany à Florence ; l'âge avait apparemment produit chez elle un effet opposé à celui qu'il produit ordinairement : le temps ennoblit le visage, et, comme il est de race antique, il imprime quelque chose de sa race sur le front qu'il a marqué : la comtesse d'Albany, d'une taille épaisse, d'un visage sans expression, avait l'air commun. Si les femmes des tableaux de Rubens vieillissaient, elles ressembleraient à madame d'Albany à l'âge où je l'ai rencontrée. Je suis fâché que ce coeur, fortifié et soutenu par Alfieri, ait eu besoin d'un autre appui. Je rappellerai ici un passage de ma lettre sur Rome à M. de Fontanes :
" Savez-vous que je n'ai vu qu'une seule fois le comte Alfieri dans ma vie, et devineriez-vous comment ? Je l'ai vu mettre dans sa bière : on me dit qu'il n'était presque pas changé ; sa physionomie me parut noble et grave ; la mort y ajoutait sans doute une nouvelle sévérité ; le cercueil étant un peu trop court on inclina la tête du mort sur sa poitrine, ce qui lui fit faire un mouvement formidable. "
Rien n'est triste comme de relire vers la fin de ses jours ce que l'on a écrit dans sa jeunesse : tout ce qui était au présent se trouve au passé.
J'aperçus un moment, en 1803, à Rome, le cardinal d'York, cet Henri IX, dernier des Stuarts, âgé de soixante-dix-neuf ans. Il avait eu la faiblesse d'accepter une pension de George III : la veuve de Charles Ier en avait en vain sollicité une de Cromwell. Ainsi, la race des Stuarts a mis cent dix-neuf ans à s'éteindre, après avoir perdu le trône qu'elle n'a jamais retrouvé. Trois prétendants se sont transmis dans l'exil l'ombre d'une couronne : ils avaient de l'intelligence et du courage, que leur a-t-il manqué ? la main de Dieu.
Au surplus, les Stuarts se consolèrent à la vue de Rome ; ils n'étaient qu'un léger accident de plus dans ces vastes décombres, une petite colonne brisée, élevée au milieu d'une grande voirie de ruines. Leur race, en disparaissant du monde, eut encore cet autre réconfort : elle vit tomber la vieille Europe, la fatalité attachée aux Stuarts entraîna avec eux dans la poussière les autres rois, parmi lesquels se trouvait Louis XVI, dont l'aïeul avait refusé un asile au descendant de Charles Ier, et Charles X est mort dans l'exil à l'âge du cardinal d'York ! et son fils et son petit-fils sont errants sur la terre !
Le voyage de Lalande en Italie, en 1765 et 1766, est encore ce qu'il y a de mieux et de plus exact sur la Rome des arts et sur la Rome antique. " J'aime à lire les historiens et les poètes, dit-il, mais on ne saurait les lire avec plus de plaisir qu'en foulant la terre qui les portait, en se promenant sur les collines qu'ils décrivent, en voyant couler les fleuves qu'ils ont chantés. " Ce n'est pas trop mal pour un astronome qui mangeait des araignées.
Duclos, à peu près aussi décharné que Lalande, fait cette remarque fine : " Les pièces de théâtre des différents peuples sont une image assez vraie de leurs moeurs. L'arlequin, valet et personnage principal des comédies italiennes, est toujours représenté avec un grand désir de manger, ce qui part d'un besoin habituel. Nos valets de comédie sont communément ivrognes, ce qui peut supposer crapule, mais non pas misère. "
L'admiration déclamatoire de Dupaty n'offre pas de compensation pour l'aridité de Duclos et de Lalande, elle fait pourtant sentir la présence de Rome ; on s'aperçoit par un reflet que l'éloquence du style descriptif est née sous le souffle de Rousseau, spiraculum vitae . Dupaty touche à cette nouvelle école qui bientôt allait substituer le sentimental, l'obscur et le maniéré, au vrai, à la clarté et au naturel de Voltaire. Cependant, à travers son jargon affecté, Dupaty observe avec justesse : il explique la patience du peuple de Rome par la vieillesse de ses souverains successifs. " Un pape, dit-il, est toujours pour lui un roi qui se meurt. "
A la villa Borghèse, Dupaty voit approcher la nuit : " Il ne reste qu'un rayon du jour qui meurt sur le front d'une Vénus. " Les poètes de maintenant diraient-ils mieux ? Il prend congé de Tivoli : " Adieu, vallon ! je suis un étranger ; je n'habite point votre belle Italie. Je ne vous reverrai jamais ; mais peut-être mes enfants ou quelques-uns de mes enfants viendront vous visiter un jour : soyez-leur aussi charmant que vous l'avez été à leur père. " Quelques-uns des enfants de l'érudit et du poète ont visité Rome, et ils auraient pu voir le dernier rayon du jour mourir sur le front de la Venus genitrix de Dupaty.
A peine Dupaty avait quitté l'Italie que Goethe vint le remplacer. Le président au Parlement de Bordeaux entendit-il jamais parler de Goethe ? Et néanmoins le nom de Goethe vit sur cette terre où celui de Dupaty s'est évanoui. Ce n'est pas que j'aime le puissant génie de l'Allemagne ; j'ai peu de sympathie pour le poète de la matière : je sens Schiller, j'entends Goethe. Qu'il y ait de grandes beautés dans l'enthousiasme que Goethe éprouve à Rome pour Jupiter, d'excellents critiques le jugent ainsi, mais je préfère le Dieu de la Croix au Dieu de l'Olympe. Je cherche en vain l'auteur de Werther le long des rives du Tibre ; je ne le retrouve que dans cette phrase : " Ma vie actuelle est comme un rêve de jeunesse ; nous verrons si je suis destiné à le goûter ou à reconnaître que celui-ci est vain comme tant d'autres l'ont été. "
Quand l'aigle de Napoléon laissa Rome échapper de ses serres, elle retomba dans le sein de ses paisibles pasteurs : alors Byron parut aux murs croulants des Césars ; il jeta son imagination désolée sur tant de ruines, comme un manteau de deuil. Rome ! tu avais un nom il t'en donna un autre ; ce nom te restera : il t'appela " la Niobé des nations privée de ses enfants et de ses couronnes , sans voix pour dire ses infortunes, portant dans ses mains une urne vide dont la poussière est depuis longtemps dispersée ".
Après ce dernier orage de poésie, Byron ne tarda pas de mourir. J'aurais pu voir Byron à Genève, et je ne l'ai point vu ; j'aurais pu voir Goethe à Weimar, et je ne l'ai point vu ; mais j'ai vu tomber madame de Staël qui dédaignant de vivre au delà de sa jeunesse, passa rapidement au Capitole avec Corinne : noms impérissables, illustres cendres, qui se sont associés au nom et aux cendres de la ville éternelle [J'invite à lire dans la Revue des Deux Mondes , Ier et 15 juillet 1835, deux articles de M. J.-J. Ampère, intitulés Portraits de Rome à différents âges . Ces curieux documents compléteront un tableau dont on ne voit ici qu'une esquisse. (Note de Paris, 1837. N.d.A.)].